9, 10, 3 : des prisonniers tibétains libérés parlent et agissent.

Publié le par Zébra


Yeshi Togden, co-fondateur et actuel directeur du Gu-Chu-Sum, passe ses journées à recevoir et communiquer les informations en provenance du Tibet, pour attirer l'attention de la communauté internationale sur le sort des Tibétains et des quelque 650 prisonniers politiques détenus dans les geôles chinoises. Jetés en prison pour avoir participé à une manifestation pacifique, diffusé des affiches ou des tracts pro-indépendantistes, pratiqué un rite religieux ou avoir été trouvé en possession d'une image du Dalaï-Lama, ces derniers subissent les pires sévices physiques et psychologiques.
Yeshi Togden a lui aussi connu, 8 mois durant, l'enfer de ces prisons et il sait qu'il est impossible d'oublier... oublier les mois ou les années de souffrance, les coups de barres de fer dont il porte encore les séquelles, le sang, les décharges électriques administrées sur l'ensemble du corps... "Pourtant, dit-il, tout cela était finalement plus facile à supporter que la faim et la soif, omniprésentes. Nous ne recevions qu'une poignée de tsampa et une tasse de thé noir le matin et, dans l'après-midi, un bouillon auquel avait été volontairement ajouté beaucoup de sel et de chili. Il était toujours possible d'oublier la faim en sombrant dans le sommeil, mais la soif était terrible. Certains d'entre nous se sont résolus à boire leurs urines et je fus moi-même réduit à manger le dentifrice et le savon que l'on me donnait. De nombreux prisonniers meurent en prison, et plus encore demeurent à jamais mutilés. L'administration chinoise appelle cela "rééducation". A l'issue de mon séjour en prison, en juin 1989, j'ai été traîné devant un tribunal local qui m'a intimé l'ordre de retourner dans mon village et de ne le quitter qu'avec une permission des autorités. Le 1er juillet 1990, je décidai de rejoindre l'Inde et trois mois plus tard j'étais à Dharamsala".
A leur libération, beaucoup d'anciens prisonniers arrivent en Inde sans endroit où loger, sans emploi. Certains souffrent de graves problèmes de santé dus aux mauvais traitements reçus en prison. "C'est pourquoi nous avons créé le Gu-Chu-Sum, explique Yeshi Togden. Notre mission première est de leur apporter une aide matérielle et financière, une assistance médicale et un soutien psychologique. Nous leur offrons également diverses opportunités d'emploi ou de formation".
Il se souvient en riant des débuts difficiles de l'association, fondée le 27 septembre 1991. Gu, Chu et Sum sont les chiffres tibétains 9, 10 et 3, correspondant aux mois de septembre et octobre 1987, et au mois de mars 1988, au cours desquels se sont tenues trois importantes manifestations pro-indépendantistes à Lhassa, la capitale du Tibet. Plusieurs manifestants ont été tués. Beaucoup furent emprisonnés, sauvagement battus et condamnés aux travaux forcés.
L'année suivante débutait la construction de Lung-Ta House qui héberge aujourd'hui 70 personnes, un atelier de confection, une boutique, un centre d'apprentissage, un restaurant et un café-Internet.
" Nous gérons une importante base de données des prisonniers politiques tibétains et des traitements qu'ils subissent en prison, ainsi que des abus des droits de l'homme au Tibet. Nous organisons des campagnes de sensibilisation pour leur libération et, quand cela est possible, leur faisons parvenir un peu d'argent pour les aider à leur sortie de prison. Nous publions les biographies d'anciens prisonniers politiques et éditons un magazine annuel " Tibetan Envoy ", en tibétain et en anglais. Nous organisons enfin divers événements tels que marches pacifiques, campagnes d'information, conférences, débats, pétitions ou grèves de la faim en association avec d'autres ONG ".
Le bureau du Gu-Chu-Sum est élu tous les trois ans par les membres de l'association. Yeshi Togden n'est pas sûr de se représenter aux prochaines élections, en septembre 2004. S'il avoue volontiers qu'il est merveilleux de pouvoir se déplacer librement, ici en Inde, sans avoir à regarder par-dessus son épaule, sans le sentiment d'être toujours suivi — une chose à laquelle il a mis du temps à s'habituer — il regrette toutefois d'avoir quitté le Tibet dans la mesure où, dit-il, il est difficile ici d'affecter directement les Chinois.
( D'après) © 2004 Les Amis du Tibet

The Gu-Chu-Sum Movement of Tibet
Jogibara Road - P.O. Mcleod Ganj
Dharamsala 176219 - H.P. - India
Téléphone :
(91) 1892 - 220 680
Fax :
(91) 1892 - 221 379
E-mail :
guchusummt@yahoo.com
info@guchusum.org
Site Internet : www.guchusum.org

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Publié dans otibet

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