Une Histoire du Tibet : extrait
(Thomas Laird)
- D’après ce que vous m’avez dit, et d’après ce que j’ai lu, la Chine moderne, pour essayer de rationaliser l’invasion de 1950, a déformé l’histoire entre les Mongols, les Chinois et les Tibétains. Ils disent : « le Tibet est une partie de la Chine depuis que le Tibet fait partie de l’empire Mongol ». Vous, vous affirmez, et en fait les historiens semblent d’accord avec vous, que le Tibet a été soumis aux Mongols en 1250, à une époque où les Mongols n’avaient pas encore conquis la Chine. (…) Pourtant, on commence avec un État tibétain désuni se soumettant aux Mongols, par peur, et le Tibet est unifié par un pouvoir étranger. Pour moi, le Tibet, c’est ça. La domination des Tibétains par les Mongols a représenté la première intervention au Tibet d’un pouvoir étranger – la première d’une longue série -, et ça a fini par mener à la tragédie d’aujourd’hui. (…)
(Dalaï Lama)
- Oui, on peut dire ça. La tragédie d’aujourd’hui ne s’est pas développée en un jour. Elle s’est développée durant des dizaines d’années, des siècles, des générations. Je suis tout à fait d’accord pour dire que, depuis le début, il y a eu des occasions perdues.
Il était tard, et nous étions tous deux fatigués. Le secrétaire du Dalaï Lama regarda sa montre, mais le Dalaï Lama ne pouvait abandonner l’idée des radicelles du destin de son pays dissimulées dans l’histoire des Mongols, huit siècles plus tôt. Il secoua la tête, et soupira en tendant la main pour prendre son chapelet. En marchant vers la porte,, il me dit, d’un ton infiniment triste que je ne lui avais jamais entendu :
- Cette situation tragique s’est révélée pendant de nombreux siècles. Les pires choses se sont passées et il est maintenant très difficile de triompher de tout cela. La tâche de notre génération paraît presque impossible. Très très difficile.
(Pages 131-132)