Extrait 1 : Le moine rebelle (de Tenzin Kunchap)

Publié le par Michèle

(A quatorze ans, Tenzin Kunchap fuit le Tibet pour rejoindre le Dalaï-lama, puis il entre au monastère de Séra dans le sud de l’Inde)
 Fort de ces prescriptions, je dois dire que, commençant la méditation à Séra, j’ai trouvé l’exercice très difficile.(…) 
Après quelques mois, je décide de ne plus trop méditer, mais d’étudier la philosophie très profondément. L’école à laquelle appartient Séra, les Guelougpa, attache beaucoup moins d’importance à la pratique méditative que les courants des Nyingmapa et des Kagyüpa. Au bout de quelques années d’études, les moines partent parfois en retraites méditatives, c’est rare mais possible. Sa Sainteté a pratiqué ces retraites. (…)
Cela fait plus d’un an que j’étudie comme un forcené. Je ne vois pas passer le temps, entre le coup de gong de 5 heures du matin annonçant les récitations et le coucher bien mérité (…). Mes journées de novice assidu font donc très souvent dix-sept heures à dix-neuf heures. (…) mes maîtres, devant mes efforts et mes mérites, ont décidé de me récompenser et de m’admettre au niveau des troisième année, dès la fin de ma première année. Cette bonne nouvelle arrive à point pour fêter mes quinze ans. Je suis ravi. (…)
L’examen de récitation réunit plusieurs élèves de même niveau, mais suivis par des professeurs différents.(…) L’épreuve peut durer plusieurs heures, à l’issue desquelles seuls les meilleurs continuent la récitation, les autres dès qu’ils hésitent doivent s’arrêter immédiatement. (…)
Après les trois premières années, les moines réellement intéressés par les études ont le choix entre deux voies : l’étude philosophique ou la voie moins intellectuelle des rites et des prières avec une étude allégée du Lamrim. (…)
Si je décide de faire ma vie dans un monastère ma seule et unique voie, je continuerai en classe de philosophie pour devenir guéshé. Pour l’étudiant sérieux et intelligent, ce cursus se déroule, à Séra, en treize années minimum. (…)
Voici un aperçu de cette éminente formation de philosophie, elle comprend cinq grandes racines – tsawa nga – durant chacune entre deux et quatre ans.
Le premier niveau apprend la logique et l’épistémologie. C’est ce que j’appelle le débat (…). Normalement la durée varie de trois à quatre ans, je suis passé au deuxième niveau en deux ans, le partchine. A ce niveau on étudie la perfection de la sagesse (…).
Si j’avais choisi la voie des études, j’aurais découvert la voie du milieu – ouma -, troisième niveau, souvent organisé en deux fois deux ans (…). Les moines qui s’arrêtent là sont appelés des guétrouk : des élèves.
Ceux qui poursuivent au-delà de cette dizaine d’années deviennent des guéguèn, des professeurs, car ils font des sessions d’enseignement auprès des élèves les plus jeunes. Le quatrième niveau concerne la discipline et les règles monastiques – dülwa. La longueur de ce cycle varie entre trois et quatre ans. Le nombre de vœux pris varie de 34 à 253 selon que le moine est responsable novice – guétsul – ou pleinement ordonné – guélong.
Le dernier niveau s’organise en deux classes de deux ans – ngön ou dzo - , on y étudie la métaphysique, la philosophie et la phénoménologie. (…) A l’issue de cet ultime stade, le moine est déclaré Karampa, il peut alors concourir pour le titre de guéshé, lui-même subdivisé en cinq niveaux, le plus prestigieux étant celui de lharampa qui donne la possibilité d’officier lors de cérémonie très complexes, d’enseigner les écritures et de prendre part aux plus grands débats.
(…) L’examen de guéshé, en dehors du débat, de la connaissance de milliers de pages de textes que le candidat est capable de réciter par cœur, consiste en des chants, de la musique, des danses rituelles et l’exécution d’un mandala.

Photos du monastère de Séra (2001) ici : http://brusol.ouvaton.org/Sera/seraccueil.htm

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Publié dans Lectures

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