Lecture : Mémoires d'un médecin tibétain

Publié le par Michèle

 

    Quel qu'en soit l'auteur, tibétain dit rebelle ou chinois dit réactionnaire*, les autobiographies qui relatent l'arrestation, l'emprisonnement, les conditions de la détention et du travail forcé dans les prisons et les camps chinois attestent toutes des mêmes méthodes au-delà de l'imaginable. Le Docteur (Emtchi-la) Tenzin Tcheudrak a survécu, un sur mille peut-être qui auront succombé à la torture, au désespoir, à la malnutrition - voire à la privation totale de nourriture jusqu'à ce que mort s'ensuive. Son récit est pourtant remarquablement vivant, empreint parfois de poésie, de sérénité, et toujours d'une profonde humanité. 

Médecin personnel du Dalaï Lama, Tenzin Tcheudrak raconte son enfance tibétaine, ses années d'étude, et  les évènements du 10 mars 1959 qui ont entraîné la fuite du Dalai Lama en Inde et sa propre arrestation. Les années de prison n'ont pas entamé sa fidélité à son pays colonisé, à son peuple acculé à désinformation, manipulation et rééducation, aux principes de compassion universelle qui fondent le Bouddhisme et à "Kundun" qu'il rejoint enfin en 1980. Il participe alors au développement du Mèn-Tsi-khang, établissement où l'on prépare les médicaments de la médecine traditionnelle, puis fonde une école de médecine. Il sera ensuite souvent invité en Occident  où il pourra exposer les fondements de l'art médical tibétain.  Le Docteur Tenzin Tcheudrak est décédé en Inde, le 6 avril 2001, à l'âge de 79 ans.

Extraits :

Mon village s'appelle Nièrtchen ; il est situé à quarante-cinq heures de marche de Lhassa, et presque autant de Chigatsé. (…) En véritable chef de famille, ma belle-mère dirigeait la maison avec beaucoup de fermeté. Ne sachant que faire de moi, elle m'avait assigné à la garde du troupeau, sept cents chèvres et moutons, des yacks et des dri, que je menais, dès le lever du jour, de l'autre côté de la colline, où s'étendait à perte de vue une plaine herbeuse. J'avais à peine sept ans. (…) Il y avait au Tibet une faune très riche : des daims musqués, des antilopes, des cerfs à lèvres blanches et des cerfs rouges s'approchaient même de la maison.  Des ours, des léopards des neiges, des loups guettaient nos bêtes et, par soir d'orage, descendaient de la montagne. Corbeaux et corneilles abondaient également.
La flore était magnifique. Une immense variété de plantes sauvages poussait à flanc de colline. (…) Une fois le troupeau dans les pâturages, je m'empressais de grimper au sommet de la colline. (…)
Les jours s'écoulaient, insignifiants parfois, succession de heurts parfois. Certains après-midi, lorsque le soleil frappait l'herbe rare, je m'allongeais à flanc de colline. Il m'arrivait de m'endormir profondément, la tête blottie contre un chevreau. (…)
En 1938, l'an tigre-terre commença, comme toutes les années du calendrier tibétain, avec les cérémonies célébrant le Losar, le nouvel an. Cette année de mes seize ans devait se révéler bien différente des autres. J'avais en effet décidé de devenir médecin – en tibétain émtchi. On y ajoute parfois la particule la comme marque de respect : émtchila. Les circonstances allaient m'aider à parvenir à mon but.

* voir : Vents Amers
            Harry WU
            Préface de Danielle Mitterrand
            Editions Bleu de Chine
            1995

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Publié dans Lectures

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